LE FIL

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                   http://sonofages.free.fr/Orchestre

Créé en octobre 2012, à l'initiative des membres de l'association Sonofages, ce grand ensemble d'improvisateurs rassemble une quarantaine de musiciens de la région toulousaine, tous expérimentés de différentes manières dans la musique improvisée.
En effet, l'éclectisme ‐ génération, musiques pratiquées, parcours, expériences… ‐ a réuni ces artistes pour vivre l'aventure de créer ensemble une musique où l'improvisation la plus libre peut se mêler à des fils, des chemins décidés au préalable par le collectif ; Si l'improvisation libre sans contrainte et sans conduction est le fil conducteur de cet ensemble, ils ne se privent pas de jouer des pièces intégrant une certaine écriture et direction.

 

 

 

 

Filez à la Fabrique d’Improvisation Libre !

 

 

A l’instar du London Improvisers Orchestra en Angleterre, Toulouse a maintenant son big band de musique improvisée, aux effectifs pouvant aller de vingt-et-un (comme ce soir, pour la deuxième sortie publique du collectif) à plus de quarante membres simultanés. L’initiative en revient à Christine Wodrascka et Heddy Boubaker. 

 

Toulouse, La Fabrique, Université Toulouse-II le Mirail, 24 janvier. Paul Albenge (elg), Guillaume Blaise (dm), Heddy Boubaker (elb), Rémi Brassié (elg), Anne Choquet (fl), Nina François (voc), Jules Gabriel (p), Benjamin Glibert (elg), Nicolas Haezebaer (elg), Henri Herteman (tb, mélodica), Igor Huillet (ss), Stéphane Lachaize (ts), Erwan Lamer (dm), Emmanuel Larangé (htb, voc), Florian Nastorg (bs), Dominique Regef (cello), Walkind Rodriguez (tp), Hélène Sage (bfl, voc, pompe a vélo), Raphael Sibertin-Blanc (vln), Frédéric Vaudaux (dm), Christine Wodrascka (p, cond).

 

« Une authentique histoire humaine ! (…) L’esthétique émerge d’elle-même, le "style" important peu. Il en résulte une musique essentiellement atonale mais pas que. On explore et on exploite les possibilités infinies de cet orchestre composé d’individus qui le colorent. (…) Ce qui est le plus difficile, c’est de ne pas revenir toujours au même son collectif, d’arriver à varier les histoires racontées, de ne pas tous jouer en même temps tout le temps » (1) La pianiste n’a pas à s’inquiéter : les sonorités et textures individuelles (la basse tellurique de Boubaker, le saxo volcanique de Nastorg, le trombone souple d'Henri Herteman…) se découpent parfaitement au sein de l’ensemble, ne s’approchant d’un effet d’amoncellement que lorsque celui-ci est sollicité à dessein afin d’être sculpté en direct. Le live permet alors de savourer au mieux les reliefs provoqués par des masses sonores mouvantes, spatialisées. Impressionnant. Le plaisir est renforcé, dans cette association de personnalités dont la plupart sont par ailleurs leaders de leurs propres formations, par le constat que les caractéristiques et la poésie de chacun trouvent naturellement leur place dans l’ensemble. D'une pièce à l'autre, ce sont effectivement des horizons sonores diversifiés qui attendent l'auditeur.

 

Tout cela n’est rendu possible que par un mélange de discipline, d’écoute, de concision dans la prise de parole et de réel fonctionnement démocratique. Une partie de la musique a semblé, sinon écrite, du moins préméditée ; des blocs de son ourdis à l'avance ont émergé d’improvisations au long cours lors desquelles aucun musicien n’a tiré la couverture à lui ni fait montre de discrétion exagérée. La concentration était visible sur les visages, la pianiste (et son partenaire de tabouret, en un jeu à quatre mains) et le bassiste n’hésitant pas à émettre des propositions saillantes et potentiellement déstabilisantes, très volontairement bien sûr et ayant fonction d'éprouver la solidité de ce qui avait pris le temps de se construire. Des sautes d'humeur créatives qui soulignent que la fantaisie a droit de cité ici, et que la joie de jouer ensemble est un élément essentiel de cette aventure, comme le rappelle Wodrascka.

 

La démarche est courageuse (réunir autant de musiciens en un seul lieu aux mêmes dates n’est pas une mince affaire; il faut mentionner ici le soutien du Centre d'Initiatives Artistiques de l'université, qui a mis à disposition de l'orchestre une vaste salle de répétition entièrement équipée et sonorisée), le résultat justifiant l'initiative de manière éclatante. Les pièces se passent la plupart du temps de férule, mais certaines parties sont dirigées façon conduction par Christine Wodrascka (qui cite encore comme influence déterminante les méthodes de travail de Fred Frith) ou d’autres musiciens du groupe, notamment les jeunes.

 

Car il s’agit aussi d’un projet intergénérationnel. « Ces musiciens sont tous impliqués dans l’improvisation mais avec des expériences, des pratiques, des parcours totalement différents. Cela va de "vieux briscards" de l’impro à de talentueux petits jeunes qui sortent à peine de l’école avec parfois dans les pattes juste l’atelier du coin, avec tous les intermédiaires possibles. Outre l’improvisation libre, nous ne nous interdisons pas de travailler sur une certaine écriture, certains membres proposent des pièces que nous travaillons ensemble, une de leurs caractéristiques étant quand même de laisser une grande part à l’improvisation, un vaste choix aux musiciens (…) Nous essayons de trouver un mode de fonctionnement alternant liberté totale et un peu de dirigisme afin de nous aider à façonner un son et une direction commune. » (2)

 

Pour finir, chaque musicien cesse tour à tour de jouer, pose son instrument et gagne discrètement les coulisses ; un par un, ils disparaissent, jusqu’à ce que ne demeure plus qu’un trio, un duo, un solo puis le silence, suivi de vifs applaudissements. « Cet orchestre est amené à durer ! » disait Christine Wodrascka à Ludovic Florin l’été dernier (1). On s’en réjouit, en espérant que d'autres occurences scéniques ne se fassent pas trop attendre... David Cristol

 

 

 

(1) Entretien avec Christine Wodrascka (Impro Jazz n° 198, septembre 2013)

(2) Entretien avec Heddy Boubaker (Impro Jazz n° 194, avril 201

           

Date de dernière mise à jour : 14/04/2016

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